27/04/10

introduction

Posté dans Général | 11:18

Le Nord-Pas de Calais est une région administrative française. Elle est bordée au sud par la région Picardie, de la Manche et la mer du Nord à l'ouest et au nord-ouest et par la Belgique au nord-est. Elle est composée de deux départements, le Nord et le Pas-de-Calais. Avec 326 hab.km-2, elle compte parmi les régions d'Europe les plus densément peuplées.

Jusqu’à la fin du XXe siècle, « Nord » désignait aussi la région, comme le département. La région faisait partie autrefois des Pays-Bas du Sud et des Pays-Bas espagnols, et ne devint française qu'en 1713 sous le nom de Pays-Bas français. Les provinces historiques composant le Nord-Pas-de-Calais sont, principalement, l'Artois, le Boulonnais (annexé à la Picardie dès 1477), le Cambrésis, la Flandre et le Hainaut, désignations qui restent très courantes encore aujourd'hui.

27/04/10

Les premiers immigrants

Posté dans Général | 11:30

Les premiers groupes humains se sont installés dans la région au rythme des glaciations et ont laissé quelques vestiges de leur passage, essentiellement sur les plaines calcaires.

À Wimereux, nous pouvons observer quelques bifaces et rognons de silex à côté d'ossements d'éléphants et d'hippopotames datés de 700 000 ans. Plusieurs milliers de vestiges (ossements d'animaux d'époque froide, traces de feux et de déchets divers), dont deux crânes humains, témoignent de la persistance d'une implantation de l'homme de Néandertal à Biache-Saint-Vaast lors d'une période interglaciaire il y a 250 000 ans.

Les premières traces de l'Homo sapiens sont datées de 38 000 ans avant notre ère. La région était alors une steppe, peuplée de rennes. Les progrès seront lents, en agriculture et en métallurgie (premiers témoignages du Néolithique vers 3 700 ans avant J.C), mais le sol fertile favorise des implantations durables comme au Mont-Saint-Éloi, à Wissant, Étrun ou encore au mont Noir.

Vers 3 000 ans avant J.-C., le climat plus sec fait reculer la forêt et l'arrivée de nouvelles populations venues du sud provoque les premières guerres connues de l'histoire régionale ; à l'Âge du bronze, vers -1500, on trouve la trace d'importants échanges interrégionaux, y compris avec la Grande-Bretagne.

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l'époque celte

Posté dans Général | 11:36

Un millénaire avant notre ère, un nouveau peuple venant de l'est de l'Europe apporte les instruments aratoires et élevage du cheval, puis se sont les Celtes de Bavière qui introduisent l'âge du fer dans la région.

Aux IIIe et IIe siècles avant J.-C-, les Belges qui sont assimilés en partie au monde celte, conservent pourtant des idiomes et des habitudes de la vie germanique s'installent dans la région. Les peuples comme les Morins, Atrébates, Ménapiens ou encore Nerviens s'organisent de façon très laxiste, mais établissent tout de même des frontières dont les traces persistent encore aujourd'hui. La région est occupée de manière relativement dense, même si la vie reste rurale. Les villages sont essentiellement ouverts (sans remparts défensifs), mis à part quelques oppida (cités fortifiées), comme Étrun et Avesnelles, sans doute les capitales des Atrébates et des Nerviens. Une migration belge vers l'actuelle Grande-Bretagne contribua à tisser des liens culturels et économiques entre les deux régions.

La réputation de prospérité des territoires du Nord attisa la convoitise de Jules César. Les batailles furent alors fréquentes et meurtrières. L'écrasement des Nerviens en -57 ne soumit pas toute la région à la pax romana. La résistance ne s'éteindra que peu à peu pour devenir définitive avec l'exil des plus irréductibles en Angleterre. La Belgique vaincue, dévastée, connaîtra le destin des frontières (les « Marches ») de l'Empire romain pendant plus de quatre siècles.

Les autres envahisseurs viendront par la suite essentiellement de l'est. Ces nomades s'adaptèrent et s'intégrèrent aux populations sédentaires et la culture de la région s'en trouva très enrichie.

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La pax romana

Posté dans Général | 11:37

Aux temps gallo-romains, la région est englobée dans le vaste ensemble appelé Belgique et divisée en cités. Tarvanna (aujourd'hui Thérouanne) fut la capitale des Morins, Bagacum (aujourd'hui Bavay) fut la capitale des Nerviens, et Nemetacum (aujourd'hui Arras) qui était déjà occupée par les gaulois fut la capitale des Atrébates ; ces trois villes sont des créations romaines (Arras fut alors considéré comme étant une ville).

Le tracé des routes romaines est si important qu'il marque encore certaines de nos infrastructures (les Chaussées Brunehaut). Les grands axes sont vers :

  • le littoral, Boulogne-sur-Mer (Gesoriacum ou Bononia selon les époques), port important pour aller vers la Bretagne romaine.
  • l'Est (le Rhin) et l'Italie.

La vie y reste essentiellement rurale, axée sur deux ressources principales que sont le blé et la laine. Si la christianisation est fragile, le latin élimine progressivement le celtique, sauf à l'extrême nord. La prospérité se traduit par un développement démographique important, même si la hantise des invasions reste très présente et freine la vie économique.

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Moyen Âge

Posté dans Général | 11:39

Une région bilingue

Au IIIe siècle, les Francs et les Alamans envahissent et pillent le territoire. Les dévastations sont si importantes qu'il faut recoloniser la région ; l'armée romaine, dépassée par l'ampleur des frontières de l'empire qu'elle doit défendre, laisse les Francs s'installer et essaye de s'en faire des alliés. Le long de la Lys, une frontière linguistique se créa alors en séparant le dialecte germanique parlé par les Francs, qui deviendra plus tard le néerlandais, et la langue latine dont le français est issu.

La région est également fortement touchée par la révolte des Bagaudes (groupes de paysans ruinés, de déserteurs, et de barbares). Dans le même temps, le rivage (de Dunkerque à Saint-Omer et Montreuil-sur-Mer) qui peut être attaqué par des invasions maritimes est abandonnée aux pillards. Les Angles et les Saxons s'y sont installés, comme en témoignent les noms de quelques villages ou ceux de légendes du littoral comme Sainte-Godeleine, Wierre-Effroy, Quentovic et bien d'autres.

Les invasions barbares

Au début du IVe siècle, avec l'aide des Francs déjà installés, la tranquillité est restaurée dans la région pour une cinquantaine d'années. Les villes qui sont des places fortes stratégiques et administratives, ne peuvent se développer vraiment tandis que les grands établissements ruraux se transforment en agglomérations dynamiques. Mais les invasions constituent encore un frein au développement. Les Huns d'Attila, par exemple, assiègent Bavay en 358.

Au début du Ve siècle, de très nombreux envahisseurs balaient l'armée romaine et le christianisme ; ils sont Anglo-saxons, Vandales, Hasdingues, Suèves, Alains ou encore Francs (les peuples peuvent être divisés en clans). L'un d'eux, Clovis en chef ambitieux, s'élance de Tournai pour conquérir la Gaule en sa quasi totalité, tandis que l'Empire romain d'Occident s'effondre en 476.

La « pacification franque » est achevée en 486 en commençant par les territoires du Nord.

27/04/10

Du VIIe au XIIe siècle

Posté dans Général | 11:41

Ce sont les pays de Tournai, Cambrai, Arras et de Vermand qui fournissent les principaux revenus domaniaux aux dynasties franque, mérovingienne et carolingienne. La région est donc l'un des pays où l'autorité a la place la plus importante. Le territoire reste tout de même bilingue avec le roman et le germanique.

Si la christianisation est très lente, elle finit par arriver : le VIIe siècle en sera l'âge d'or pour les monastères missionnaires. C'est dans ces sanctuaires que se développent l'art et la culture de la région.

Vers les VIIIe et IXe siècles, les bas pays flamands s'éveillent à leur tour. Des centres commerciaux (appelé aussi portus) apparaissent comme Valenciennes, Douai, ou Saint-Omer. L'ancienne organisation territoriale de l'époque gauloise se retrouve souvent dans les circonscriptions ecclésiastiques.

En 843, l'empire de Charlemagne est divisé entre ses petits-fils lors du traité de Verdun. Le cours de l'Escaut fut alors la limite entre le domaine de Francie occidentale et celui de la Francie médiane qui sera englobé plus tard dans le Saint Empire romain germanique. Cette division sera lourde de conséquences pour la région puisque l'avenir du Hainaut et du Cambrésis sera différent de celui de l'Artois et des Flandres pour plusieurs siècles. Pourtant, les liens vassaliques de l'époque n'avaient pas la rigueur et la pérennité des traités actuels. Les rois, les seigneurs ou les échevins se sont accommodés le plus souvent des situations complexes avec les mariages royaux, la diplomatie ou encore les alliances militaires feront que le commerce de la région n'en fut pas trop touché.

Le transport des marchandises emprunte dans la région le plus souvent les cours d’eau. Les plus petites dénivellations sont des obstacles qui nécessite l'emploi des la force humaine ou animale avec des écluses. Ces lieux deviennent par la suite des agglomérations, qu’il faut défendre par des remparts. C’est le cas de Lille, ancienne limite sud du vieux comté de Flandre, dont le nom officiel apparaît en 1066, mais aussi de Valenciennes, Saint-Omer ou encore d'Arras. L’augmentation de la population implique d’immenses travaux d’aménagement destinés à augmenter la terre cultivable comme le marais de Saint-Omer qui était auparavant 4 000 ha de « mer boueuse », la forêt d’Arrouaise (dans le sud Artois) qui a été totalement déboisée mais aussi certaines zones côtières et vallées marécageuses.

Sur la frontière s'étendant de l'Escaut à la mer, l'autorité politique d'une lignée de comtes de Flandre s'organise. Les invasions vikings qui se succèdent à partir de 860 ravagent le territoire ponctuellement mais ne bouleversent pas les structures locales alors que l'autorité royale régresse. Les seigneurs qui sont les préfets au service du roi de France, deviennent les seuls recours des cités contre les razzias normandes.

L'économie européenne possède deux pôles qui sont les ports italiens qui commercent avec le Moyen-Orient et les villes drapières d'Europe du Nord-Ouest et la hanse nordique qui renforce ses flux commerciaux. Les foires et les comptoirs situé dans la région permettent la rencontre de ces deux pôles complémentaires d'où une économie très active et la construction d'une place boursière importante.

27/04/10

La guerre de cent ans

Posté dans Général | 11:43

Le XIIIe siècle témoigne d'un développement économique constant de la région, mais villes et villages subissent l'effondrement d'un système de production (principalement agricole) et d'échanges archaïque. Les nobles s'appauvrissent et marque le début de leur effacement militaire, ce qui prépare l'arrivée des milices communales. Les villes, qui ont acquis des privilèges considérables grâce aux bourgeois qui rachètent la ville aux seigneurs, parviennent à maintenir leurs économie au travers des crises militaires et politiques. Les beffrois se construisent un petit peu partout. L'Église garde une puissance omniprésente par son rôle culturel et social. Dans le même temps, le Hainaut qui est une terre impériale (voir au-dessus) est parfois alliée et d'autres fois ennemie de la Flandre, connaît une paix propice à l'avènement des privilèges communaux.

La rupture ordonnée par le roi de France avec l'Angleterre achève d'exacerber le sentiment anti-français de la population régionale. C'est le Hainaut qui noue une coalition au service du souverain anglais dès le début de la guerre de Cent Ans en 1337. Le début du conflit est, dans les trente premières années, une catastrophe pour la région car l'Angleterre qui est sûre de ses alliés, fait du Nord le théâtre de ses premières opérations militaires avec comme exemple la bataille de Crécy, où tombe une partie de la noblesse française ou encore le siège de Calais qui devient anglaise pour les deux siècles à venir en asphyxiant le développement des autres villes d'Artois.

La peste noire qui se répand dès 1348 frappera la région pendant plus d'un siècle, alors que dans le même temps, des mauvaises conditions météorologiques occasionnent des disettes meurtrières. Les révoltes sociales explosent avec une importante violence sur fond de misère avec une économie incertaine.

27/04/10

L’époque bourguignonne

Posté dans Général | 11:44

En 1369, le roi de France Charles V marie son frère Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, à la fille de Louis de Mâle (comte de Flandre). Par le jeu des successions, Philippe le Hardi hérite en 1384 de la Flandre et de l’Artois. L’alliance anglo-flamande est alors rompue. Les territoires du Nord deviennent l’une des plus importantes régions de la Maison de Bourgogne. La région connaît, le temps de quatre règnes, l’âge de la puissance bourguignonne, à défaut d'un véritable âge d’or. En effet, les menaces militaires et désastres naturels sont toujours menaçants tandis que la mutation économique se poursuit en ruinant les uns et en enrichissant les autres. Pourtant, une crise économique et démographique frappe l’ensemble de l’Europe du Nord-Ouest pendant des décennies pour atteindre son paroxysme dans les années 1420-1440.

En 1407, la France se déchire entre Armagnacs et Bourguignons. Le Nord est prêt à s’allier de nouveau à l’Angleterre où l’économie devient le véritable enjeu des campagnes militaires. L’armement anglais évolue et on peut le voir à la bataille d'Azincourt en 1415 qui est un désastre pour la noblesse française incapable de s’adapter aux nouvelles techniques de combat. La maison de Bourgogne s’étend encore vers le comté de Boulogne, puis vers le Hainaut. Le « Grand Duc d'Occident » peut alors rêver d’un nouvel Empire du Milieu qui serait semblable à l’ancienne Lotharingie.

En 1435, Philippe le Bon (duc de Bourgogne), abandonne l’alliance anglaise en échange du Ponthieu. Mais, quatre ans plus tard, le commerce anglo-flamand reprend.

Enfin, en 1461, Charles le Téméraire qui est le dernier duc de Bourgogne, affronte Louis XI dans l’Artois et la Picardie qui seront ravagés. Le traité réglant la guerre de Cent Ans est signé en 1475 (traité de Picquigny).

27/04/10

Epoque moderne

Posté dans Général | 11:45

L'empire des Habsbourg

L'époque bourguignonne se finit en 1477 avec la mort de Charles le Téméraire, le roi de France Louis XI s'empresse de conquérir la région qui est un poumon économique. Mais l'héritière de la Bourgogne, Marie, épouse un Habsbourg qui est le futur empereur Maximilien Ier d'Autriche. Le roi de France doit alors céder et la région se trouve exclue du royaume français pour deux siècles, à part le Boulonnais qui reste attaché à la couronne royale et aussi quatre places fortes de l'Artois. La région, ainsi devenue un territoire convoité des grands européen, sera un champ de bataille forcé et dévasté entre les armées européennes jusqu'en 1713.

En 1519, le petit-fils de l'empereur Maximilien, Charles Quint, est sacré empereur d'Autriche et pour s'opposer à ses ambitions territoriales, François Ier cherche l'alliance de l'Angleterre au camp du Drap d'Or en 1520 mais ceci est un échec et Charles Quint continue ses conquêtes. En 1548, il baptise l'ensemble de ses propriétés du nord « le cercle de Bourgogne » qui deviendront par la suite les Pays-Bas et s'étendent à cette époque jusque le Hainaut et l'Artois. Mais en 1553, les Français attaquent les terres impériales depuis leurs places fortes d'Artois. Charles Quint ordonne alors leur destruction totale. Thérouanne et Hesdin en seront anéanties et leur sol sera labouré et stérilisé par l'artillerie.

Enfin, en 1555, Charles Quint abdique en faveur de son fils Philippe II, qui devient souverain des Pays-Bas, de l'Espagne et de la Franche-Comté pour quarante ans et en 1558, Calais est reprise aux Anglais par les Français.

L'époque des Pays-Bas du sud

Alors que les structures sociales médiévales sont à l'abandon et que les cités s'endettent sous le poids des charges militaires et des diverses fiscalités, le besoin d'entraide sociale est plus important que jamais. L'Église offre alors le double visage de ses prélats, amis des puissants, et de ses curés, attentifs à la misère des villes et des campagnes. Cela fait qu'au XVIe siècle, les idées de Calvin et de Martin Luther se répandent avec force dans les Pays-Bas qui sont par ailleurs une terre où l'hérésie est importante. La Réforme, puis la Contre-Réforme, achèveront de couper le Nord-Pas-de-Calais du nord de l'Europe. En 1566, alors que la région est favorable aux idées protestantes, la « furie iconoclaste » se déchaîne avec une rare violence et la Flandre et le Valenciennois sont profondément meurtris. Les passions continuent à se déchaîner avec en 1568 la « révolte des gueux » (protestants) qui affrontent l'absolutisme de Philippe II, un souverain trop espagnol pour comprendre les besoins du Nord. Les rebelles se rendent maître de la Hollande et de la Zélande. Puis en 1579, en réaction, l'union d'Arras (catholique) se crée et s'oppose à celle d'Utrecht (protestante). C'est le début d'une guerre de Quatre-Vingts Ans qui aboutira à la scission des Pays-Bas en 1648. L'œuvre de la maison de Bourgogne est définitivement ruinée et la région dévastée. Les Provinces Unies du Nord (Pays-Bas actuel, il ne faut pas confondre!) affirment dans le même temps leur domination commerciale et coloniale.

De 1598 à 1633 commence une nouvelle époque pour la région. Suite à un mariage diplomatique, elle est offerte en dot aux archiducs espagnols Isabelle et Albert de Habsbourg et est donc annexée aux Pays-Bas espagnols (à ne pas confondre avec les anciens Pays-Bas du chapitre du dessus). C'est une ère de prospérité et de paix qui bénéficie des libéralités d'un gouvernement très peu présent. Le Nord devient un véritable foyer d'accueil pour les catholiques anglais persécutés. La Contre-Réforme très active, voire oppressante en France, renforce le sentiment anti-français jugé hérétique et libertin par la population régionale. Richelieu a été jusqu'à dire des Artésiens qu'ils étaient « tous ennemis jurés des Français et plus espagnols que les Castillans ».

L'annexion française

En 1635, après ce bref répit pour la région, les règnes de Louis XIII et Louis XIV seront une nouvelle ère de près de quatre-vingt dix ans de combats, de sièges, de pillages, de dépeçages diplomatiques et de misère. En 1648, une bataille oppose le prince de Condé aux troupes espagnoles dans la plaine de Lens. Pour Mazarin, les Pays-Bas espagnols doivent former un « boulevard inexpugnable » à la ville de Paris, qu'on pourra alors appeler « le cœur de la France ». La région redevient frontière. En 1662, dans ce climat très dur apparaissent en masse les jacqueries et les révoltes spontanées. Ainsi, dans le Boulonnais pourtant français depuis des siècles, la suppression des franchises du Boulonnais (exonérations des taxes en raison de la présence du port) conduit à la révolte des « Lustucrus ».

Progressivement, durant le règne de Louis XIV (1661 à 1715), c'est l'essentiel du territoire de ce qui allait (bien plus tard) devenir le Nord-Pas-de-Calais qui est annexé à la France. Les Provinces-Unies s'opposent pourtant vigoureusement à cet expansionnisme français dans les Pays-Bas du sud. Leur chef de guerre ('stadhouder') Guillaume III d'Orange-Nassau est de toutes les coalitions contre la France. Comme le dit l'adage de la diplomatie hollandaise : 'Gallus amicus sed non vicinus' (le Gaulois ami mais non voisin).

La guerre de Dévolution (qui se conclut par le traité d'Aix-la-Chapelle en 1668) et la guerre de Hollande (qui se conclut par le traité de Nimègue en 1678) donnent aux Français de nombreuses châtellenies. Des batailles importantes sont livrées, comme celle de Denain (1712). Le Traité d'Utrecht (1713) est le dernier traité signé durant cette période. La frontière qu'il fixe n'a presque pas évolué depuis.

Cette frontière nord du royaume est complexe. Elle est dessinée d'une manière qui est défavorable aux intérêts économiques de la région conquise. Pourtant les habitants finissent par accepter leur nouvelle identité française qui ne cessera de s'affirmer au fil des guerres et des épopées économiques.

27/04/10

Fin de la période moderne et début de la période contemporaine - Le XVIIIe siècle et le XIXe siècle

Posté dans Général | 11:48

De 1713 à 1815

La première trace de l'intégration française dans la région est militaire, ce sont les citadelles de Vauban qui ponctuent le « Pré Carré ». Les industries qui sont définitivement privées de leurs anciens marchés d'Angleterre et des Provinces Unies, traversent une période d'adaptation assez difficile. Le roi, soucieux de passer outre les multiples découpages des pouvoirs politiques, religieux ou judiciaires de la région impose un premier cadre administratif très simplifié. L'introduction de nouvelles techniques amène des progrès agricoles spectaculaires et même si l'industrie textile possède toujours une part importante de l'économie, le bassin minier commence l'exploitation du charbon en assurant parallèlement le développement de la métallurgie. Lille abrite alors la plus grande manufacture d'Europe de céramiques.

Jusqu'en 1788, la prospérité économique retrouvée ne concerne pas le peuple mais seulement la haute société car l'indigence reste si grande que la moindre variation de l'économie entraîne un désastre qui est amplifié car la croissance démographique est importante. Donc, après les disettes répétées depuis 1740, la crise alimentaire qui s'étend dans le royaume en cette année pré-révolutionnaire touche énormément la région.

En 1789, la Révolution française aura peu de répercussions sur le territoire régional même si le zèle révolutionnaire s'acharne sur les symboles de l'Église en détruisant de nombreux trésors artistiques et en vendant les biens du clergé dans l'indifférence. La fin des privilèges ruine de nombreuses cités et la création des deux départements en 1790 avec leur découpage ou le choix des préfectures, suscitent de graves querelles. De 1792 à 1794, la région est par deux fois envahie par l'armée autrichienne. Le siège de Lille aboutira à sceller le sentiment patriotique qui restera par la suite très important. Ce sont les armées révolutionnaires qui libèrent le territoire et envahissent les provinces belges, lesquelles seront françaises jusqu'en 1814.

En l’an VIII (1799), Napoléon Bonaparte est accueilli par une région écœurée de la violence de la Terreur et est encore profondément rurale, illettrée et avide de paix. Très vite, les notables se sont chargés d'occuper les postes les plus importants de l'administration départementale. En 1810, grâce au blocus continental, l'économie du Nord-Pas-de-Calais décolle et est assurée par le développement de l'industrie cotonnière, de la recherche minière et de la nouvelle culture de la betterave à sucre, qui remplace le sucre de canne. Pourtant, la conscription, le chômage et la misère attisent la haine des populations contre Napoléon mais en 1815, la région se soumet facilement à une armée d'occupation pour les trois ans suivants. Enfin en 1830, les provinces belges des Pays-Bas voisins se révoltent pour former un état souverain avec les provinces belges françaises ; c'est la Belgique.

La première usine du pays de 1815 à 1914

Au XIXe siècle, la région s'impose comme « la première usine de France », expression née sous le règne de Louis-Philippe. Les multiples transformations du cadre de vie, des mentalités, des infrastructures est un bouleversement total d'où naissent des réussites et des drames. C'est de là que commenceront les grands problèmes non résolus de notre époque.

Le succès économique global s'est renforcé grâce à l'importation de technologies de pointe depuis le Royaume-Uni et la délocalisation de la main-d'œuvre rurale vers les villes depuis l'Artois, le Hainaut et la Belgique surpeuplés, pour une bourgeoisie dynamique et une richesse minière. De nombreuses industries comme les verreries et les papeteries fleurissent. Boulogne et Calais, tournées vers le Royaume-Uni, la pêche au large et l'exploitation de ressources locales (charbon des Mines d'Hardinghen, gisement ferreux de Marquise) ont un destin différent du reste de la région : arrivée de l'industrie du tulle à Calais en 1817, métallurgie à Marquise en 1830, etc. Les voies de communication s'améliorent considérablement avec en 1846 l'inauguration de la ligne de chemin de fer Paris-Lille). Le monde rural, bien que disparate, connaît des progrès importants avec la mise en valeur des sols puis, à partir de 1850, une véritable révolution agricole. La région est alors également la première « ferme de France ».

En 1848, la crise économique qui chasse Louis-Philippe débouche sur un espoir décevant d’une République sociale. Les clivages sont de plus en plus évidents entre les possédants et les démunis, les ruraux conservateurs et les ouvriers socialistes. Mais le Nord-Pas-de-Calais reste un « Eldorado » pour des entrepreneurs ambitieux avec en 1850, la mise en exploitation du gisement houiller de l'intérieur des terres du Pas-de-Calais. Le bassin minier va prendre le visage qui est encore le sien aujourd’hui. D’autres villes non minières prennent leur essor grâce à la concentration et à l’expansion du textile, de la confection, de la sidérurgie, de la métallurgie et de la chimie industrielle.

En 1860, le traité de libre-échange avec le Royaume-Uni mécontente les industriels et des grèves secouent la région ; pourtant, un an plus tard, la Bourse des valeurs de Lille est ouverte. Le négoce de laine prend sa dimension mondiale à partir de l’axe Roubaix-Tourcoing. En 1870 avec la guerre contre la Prusse ne cause guère de dégâts sur le territoire. Même si elle est un désastre national, elle est une chance de plus pour la région puisque la perte de l’Alsace-Lorraine conforte le Nord-Pas-de-Calais dans son rôle économique. À l'aube du XXe siècle, la région est au maximum de sa puissance. Mais les faiblesses qui la rongent apparaissent déjà avec une vie politique et une structure sociale profondément déchirées, une urbanisation archaïque ou anarchique, des infrastructures hétérogènes et souvent insuffisantes, une sous-qualification, un sous-développement scolaire et un secteur tertiaire en retard.

Le socialisme prend fortement racine dès 1889 tandis que les grèves et manifestations se multiplient comme le 1er mai 1891 avec la fusillade de Fourmies. Si la région devient l’un des principaux bastions de la Gauche parlementaire, c’est aussi dans ses villes que le catholicisme apprend à considérer le social autrement que sous l’angle de la charité.