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27/04/10

Fin de la période moderne et début de la période contemporaine - Le XVIIIe siècle et le XIXe siècle

Posté dans Général | 11:48

De 1713 à 1815

La première trace de l'intégration française dans la région est militaire, ce sont les citadelles de Vauban qui ponctuent le « Pré Carré ». Les industries qui sont définitivement privées de leurs anciens marchés d'Angleterre et des Provinces Unies, traversent une période d'adaptation assez difficile. Le roi, soucieux de passer outre les multiples découpages des pouvoirs politiques, religieux ou judiciaires de la région impose un premier cadre administratif très simplifié. L'introduction de nouvelles techniques amène des progrès agricoles spectaculaires et même si l'industrie textile possède toujours une part importante de l'économie, le bassin minier commence l'exploitation du charbon en assurant parallèlement le développement de la métallurgie. Lille abrite alors la plus grande manufacture d'Europe de céramiques.

Jusqu'en 1788, la prospérité économique retrouvée ne concerne pas le peuple mais seulement la haute société car l'indigence reste si grande que la moindre variation de l'économie entraîne un désastre qui est amplifié car la croissance démographique est importante. Donc, après les disettes répétées depuis 1740, la crise alimentaire qui s'étend dans le royaume en cette année pré-révolutionnaire touche énormément la région.

En 1789, la Révolution française aura peu de répercussions sur le territoire régional même si le zèle révolutionnaire s'acharne sur les symboles de l'Église en détruisant de nombreux trésors artistiques et en vendant les biens du clergé dans l'indifférence. La fin des privilèges ruine de nombreuses cités et la création des deux départements en 1790 avec leur découpage ou le choix des préfectures, suscitent de graves querelles. De 1792 à 1794, la région est par deux fois envahie par l'armée autrichienne. Le siège de Lille aboutira à sceller le sentiment patriotique qui restera par la suite très important. Ce sont les armées révolutionnaires qui libèrent le territoire et envahissent les provinces belges, lesquelles seront françaises jusqu'en 1814.

En l’an VIII (1799), Napoléon Bonaparte est accueilli par une région écœurée de la violence de la Terreur et est encore profondément rurale, illettrée et avide de paix. Très vite, les notables se sont chargés d'occuper les postes les plus importants de l'administration départementale. En 1810, grâce au blocus continental, l'économie du Nord-Pas-de-Calais décolle et est assurée par le développement de l'industrie cotonnière, de la recherche minière et de la nouvelle culture de la betterave à sucre, qui remplace le sucre de canne. Pourtant, la conscription, le chômage et la misère attisent la haine des populations contre Napoléon mais en 1815, la région se soumet facilement à une armée d'occupation pour les trois ans suivants. Enfin en 1830, les provinces belges des Pays-Bas voisins se révoltent pour former un état souverain avec les provinces belges françaises ; c'est la Belgique.

La première usine du pays de 1815 à 1914

Au XIXe siècle, la région s'impose comme « la première usine de France », expression née sous le règne de Louis-Philippe. Les multiples transformations du cadre de vie, des mentalités, des infrastructures est un bouleversement total d'où naissent des réussites et des drames. C'est de là que commenceront les grands problèmes non résolus de notre époque.

Le succès économique global s'est renforcé grâce à l'importation de technologies de pointe depuis le Royaume-Uni et la délocalisation de la main-d'œuvre rurale vers les villes depuis l'Artois, le Hainaut et la Belgique surpeuplés, pour une bourgeoisie dynamique et une richesse minière. De nombreuses industries comme les verreries et les papeteries fleurissent. Boulogne et Calais, tournées vers le Royaume-Uni, la pêche au large et l'exploitation de ressources locales (charbon des Mines d'Hardinghen, gisement ferreux de Marquise) ont un destin différent du reste de la région : arrivée de l'industrie du tulle à Calais en 1817, métallurgie à Marquise en 1830, etc. Les voies de communication s'améliorent considérablement avec en 1846 l'inauguration de la ligne de chemin de fer Paris-Lille). Le monde rural, bien que disparate, connaît des progrès importants avec la mise en valeur des sols puis, à partir de 1850, une véritable révolution agricole. La région est alors également la première « ferme de France ».

En 1848, la crise économique qui chasse Louis-Philippe débouche sur un espoir décevant d’une République sociale. Les clivages sont de plus en plus évidents entre les possédants et les démunis, les ruraux conservateurs et les ouvriers socialistes. Mais le Nord-Pas-de-Calais reste un « Eldorado » pour des entrepreneurs ambitieux avec en 1850, la mise en exploitation du gisement houiller de l'intérieur des terres du Pas-de-Calais. Le bassin minier va prendre le visage qui est encore le sien aujourd’hui. D’autres villes non minières prennent leur essor grâce à la concentration et à l’expansion du textile, de la confection, de la sidérurgie, de la métallurgie et de la chimie industrielle.

En 1860, le traité de libre-échange avec le Royaume-Uni mécontente les industriels et des grèves secouent la région ; pourtant, un an plus tard, la Bourse des valeurs de Lille est ouverte. Le négoce de laine prend sa dimension mondiale à partir de l’axe Roubaix-Tourcoing. En 1870 avec la guerre contre la Prusse ne cause guère de dégâts sur le territoire. Même si elle est un désastre national, elle est une chance de plus pour la région puisque la perte de l’Alsace-Lorraine conforte le Nord-Pas-de-Calais dans son rôle économique. À l'aube du XXe siècle, la région est au maximum de sa puissance. Mais les faiblesses qui la rongent apparaissent déjà avec une vie politique et une structure sociale profondément déchirées, une urbanisation archaïque ou anarchique, des infrastructures hétérogènes et souvent insuffisantes, une sous-qualification, un sous-développement scolaire et un secteur tertiaire en retard.

Le socialisme prend fortement racine dès 1889 tandis que les grèves et manifestations se multiplient comme le 1er mai 1891 avec la fusillade de Fourmies. Si la région devient l’un des principaux bastions de la Gauche parlementaire, c’est aussi dans ses villes que le catholicisme apprend à considérer le social autrement que sous l’angle de la charité.

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